Hanoi Lille en moto

VIETNAM

10:38, 2/07/2012 .. Publié dans SUR LA ROUTE .. Lien

Hanoï

    

Une année de préparation. Une idée, un rêve et un projet qui se monte. Après un an à travailler au Vietnam, un retour en France pour régler tout ce qui est impossible à organiser sur place, nous revoilà dans l’avion du retour sur Hanoi. Est-ce le vrai départ de l’aventure ? En tout cas, nous partons pour réaliser ce projet et pour rien d’autre. Certes, nous restons dans la capitale un bon moment afin de finaliser les préparatifs du projet, mais nous aurons aussi tout le temps de redécouvrir la ville.
Je ne connais pas encore très bien les villes de l’Asie du Sud-est, mais on peut dire aujourd’hui que Hanoi nous aura laissé percer quelques-uns de ses secrets. Nous avons eu le temps, en un an et demi, de développer avec elle une relation d’amour-haine ; cette ville se révèle tantôt exaltante, tantôt exaspérante. Rien n’est noir ou blanc dans la vie, Hanoi nous fournit la matière pour en faire l’expérience. La première chose qui nous a marqués en arrivant, c’était l’ambiance grouillante de vie, une sorte d’anarchie, de désordre qui fonctionne finalement très bien. C’est la circulation chaotique qui paraît répondre à ses propres règles qui nous surprend d’abord. On se croise, on s’effleure, on s’évite, on klaxonne, mais ça passe. La moto est reine ; agile, elle se fraie un chemin dans cette jungle urbaine. Nous éprouvons ce sentiment de liberté d’évoluer sans nous préoccuper des stops, des feux, des priorités. La règle numéro un est la concentration. Pourtant, depuis peu, la police veille au grain. Le port du casque est maintenant obligatoire et on voit apparaître une campagne de sensibilisation à la sécurité routière (on leur souhaite bonne chance), car le taux de mortalité sur les routes est encore très élevé. Trop souvent, les jeunes trop imprudents jouent avec leur vie et celles des autres en défiant la circulation à vive allure alors que, si tout fonctionne, c’est justement qu’ ici on ne roule pas vite. A 30-40 km/h, ce désordre devient très fluide. Arrivés de notre Europe bien réglementée et aseptisée, nous avons une réelle impression de liberté retrouvée.


Mais le choc des cultures n’est pas une illusion. Car, certains jours, tout devient compliqué, tout vous énerve. « il ne peut pas faire attention, celui-là ? » Souvent, il faut prendre du recul, garder son sang-froid. Comme dans une fourmilière, on se bouscule, on passe devant sans s’excuser (c’est dur de faire la queue au Vietnam) Pourquoi? Ca se passe comme ca depuis toujours ! Se comprendre demande du temps et de la bonne volonté. Personne n’est prêt à oublier ses origines et être loin de chez soi nous met devant les yeux ce qu’on ne peut pas voir chez nous. Hanoi nous a appris cela et ce voyage qui commence sera autant d’expériences qui nous feront sûrement découvrir encore bien d’autres choses. En attendant, nous devenons parfois un peu vietnamiens. Et il arrive que, quand nous sommes avec des amis Hanoiens, ils nous fassent remarquer que nous ne sommes finalement pas des touristes, mais bel et bien parmi eux, avec nos petites habitudes et réactions calquées sur eux, qui les font sourire. Les glaçons dans la bière (Feu notre éducation du Nord de la France et de la Belgique), essuyer ses baguettes avant le repas, ne plus hésiter à combattre sa place dans une file d’attente, passer au feu rouge quand on tourne à droite ( ca évite les bouchons… un peu), manger des fruits plutôt qu’une friandise quand un petit creux s’annonce entre les repas, se prendre un café crème avec glaçons, parler à son voisin au cinéma puisque toute la salle en fait autant, et ô malheur, mea-culpa, ne plus faire une course, même pour 500 mètres, sans prendre son scooter.

Mais revenons sur la ville de Hanoi et sur nos deux derniers mois ici. Notre but est de terminer les préparatifs. Nous vivons la ville selon ce besoin : préparation des deux motos, des bagages, des formalités administratives. Ici, tout peut être fait sur mesure. Les rues sont à thèmes : quartier des ambassades, rue des sacoches, rue des couturiers, tous les détails qu’on peut imaginer s’expliquent, se négocient. Avec nos quelques notions de vietnamien, ce n’est pas toujours facile, mais on y arrive. Rien ne sert de chercher la pièce qui vous convient puisqu’on peut la faire sur mesure. La vie de la rue s’anime sur ce principe. Tous les rez-de-chaussée sont d’innombrables successions  de boutiques en tout genre qui font vivre chaque quartier. Les supermarchés sont rares, et ne sont que les prémices d’une économie occidentale qui n’est pas encore rentrée dans les habitudes de vie. Déjà historiquement le vieux quartier de Hanoi fonctionnait comme ça (le quartier des corporations). On relèvera tout de même que le Vietnam depuis peu se développe à vitesse grand V. Il y a encore 2 ans, on ne trouvait pas toutes ces voitures qui commencent à encombrer les rues. On ne compte plus le nombre de 4x4 super luxe qui nous montrent l’émergence d’une nouvelle classe sociale : les nouveaux riches. Le vélo tend à disparaitre, le cyclo-pousse n’est plus qu’un vestige du passé au seul usage des touristes en quête d’authenticité perdue. Ne reste de ce mode de vie, en effet, que ces boutiques, ces restaurants de rue où l’on mange assis sur des tabourets bas, devant lesquels passe continuellement cette circulation.

          

Hanoi est aussi la ville de l’eau et des lacs. Située au bord du Fleuve Rouge , elle se trouve sur sa rive droite. La grande largeur du fleuve, environ 1 Km, ne lui a pourtant pas permis d’en être un élément central comme la Seine à Paris par exemple. Mais l’évolution urbaine et les décisions politiques veulent changer cela. Les projets de construction de ponts supplémentaires et la volonté de développer Hanoi par ses rives en grand centre économique à terme changeront surement le paysage urbain de la ville. Il faudra pour cela maîtriser les caprices de ce fleuve notamment pendant les périodes de crue. Hanoi a toujours du dompter l’eau dans son histoire. Ainsi, la présence de nombreux lacs montre comment les hommes canalisent des terrains gorgés d’eau. Nous pouvons, tout à coup, trouver en plein milieu d’un îlot très dense un petit étang, ou bien découvrir d’énormes étendues  d’eau devenant un parc public, un élément majeur de la forme urbaine. La végétation est aussi omniprésente. Quasiment toutes les rues sont bordées d’arbres magnifiques. Parfois, dans une ruelle étroite, un arbre ancestral arrive à fleur de façade, jusqu’à parfois s’incruster dans celle-ci. Jamais il ne sera coupé.
Mais il ne serait pas convenable de parler d’une ville sans décrire ses bâtiments, son architecture. Nous vous réservons cela plus bas dans notre rubrique « Architecture ». Le brouhaha, la pollution, et l’agitation de cette métropole nous invitent régulièrement à en sortir, et le Vietnam nous offre une campagne généreuse en paysage, mais aussi avec une diversité culturelle conservée par 54 ethnies minoritaires ( les Tay, le Muong, les Hmong, les Dao, les Lolo, …).

 

 

 

 

 

 

Nord Vietnam

Nous le savons depuis un moment maintenant, le départ ne se fera pas avec les Minsk. Nous quittons Hanoi dans 10 jours par le train tandis que nos motos s’envolent pour Almaty… Rendez-vous dans un mois au Kazakhstan. Alors nous avons profité de l’arrivée à Hanoi de Claire et Elinor pour entamer cette aventure un peu plus dans le ton du projet : une dizaine de jours dans les montagnes du Nord Vietnam. Une petite boucle en Minsk qui s’achèvera par l’ouverture, le 30 mai, du resort d’un ami et partenaire du projet, Fredo Binh.
Première étape Babe, à 230 km au Nord Est d’Hanoi. Un petit crochet par l’hôtel des filles pour les embarquer, puis par la Compagnie Bourlingue pour les conseils de dernières minutes (toutes nos sorties de Hanoi en moto sont toujours passées par-là, on ne change pas les mauvaises habitudes…) et évidemment par la pompe pour ne pas avoir de mauvaise surprise… et nous voilà tous les cinq fins prêts pour ces quelques jours d’escapade.
Après une matinée de slalom entre les camions et les voitures (de plus en plus nombreuses au Vietnam) pour quitter doucement Hanoi et son brouhaha et s’enfoncer peu à peu dans la campagne vietnamienne, une petite pause s’impose pour se restaurer… Force est de constater, après un bon festin, que la pluie semble vouloir nous accompagner encore quelques kilomètres, nous enfilons nos ponchos et repartons pour rejoindre rapidement les paysages montagneux tant attendus.

      

Nous nous engageons sur les routes sinueuses pour gagner au plus vite Babe. La route est encore longue et mon peu d’expérience de la montagne ne nous aide pas à accélérer la cadence. Grégoire trace sa route en tête avec Claire derrière lui tandis que Thomas modère son allure pour me garder dans son rétroviseur… Quelques pauses, rapides à cause de la bruine incessante, pour savoir si tout roule correctement et nous sommes repartis… jusqu’au premier (et dernier) problème technique de la journée. Plus possible de redémarrer la Yamaha de Grégoire… bougie, essence ou pire ? La moto est sur la réserve, Thomas retourne au dernier village le plus proche (environ 15 km) afin de ramener de l’essence dans nos beaux bidons jaunes. L’occasion pour lui de se faire plaisir seul sur la route et de tester l’effet du poids des bidons pleins sur l’avant de la moto. Pendant ce temps là, Grégoire bricole pour accéder à la bougie et nous, les filles, discutons de choses et d’autres alors que la nuit tombe doucement.
Petit nettoyage de la bougie, plein du réservoir et la moto ronronne à nouveau… Commence alors une course folle contre le temps pour ne pas arriver à Babe dans le noir complet. Encore 40 bornes à parcourir, nous ne gagnerons pas ce soir-là. Le village nous accueille dans un silence étourdissant qui promet une soirée paisible et une bonne nuit de sommeil. Au programme demain, découverte du paysage somptueux qui nous entoure et petit tour en bateau sur le lac.
Dans la province de Bac Can, le parc national de Babe renferme un petit village ainsi qu’un lac immense. Ce site est le mélange féérique d’une végétation débordante, de roches ciselées et de la douceur de l’eau. Au milieu de cette bataille incessante, quelques maisons sur pilotis se dressent le long d’une route ondulante laissant penser que quelques personnes essaieraient bien de dompter cette nature… C’est l’ethnie des Tay Noirs qui vit dans ces montagnes aux forêts luxuriantes. Les habitants vivent tranquillement au rythme de la culture du riz, du maïs ainsi que de la pêche.
C’est Tuan, un militaire à la retraite, d’après ce que nous racontent les photos qui jonchent le mur, qui nous héberge dans sa « nha nghi » pour deux nuits. Ici vivent quatre générations : la maman de Tuan, sa femme, son fils, sa belle-fille et sa petite fille. Nous sommes accueillis par un repas copieux et nous ne mettons pas longtemps à nous effondrer dans nos lits après cette première journée de route.
Nous restons donc une journée à Babe pour profiter du lac, revisiter de jour les alentours de la route qui nous avait menée jusqu’ici la veille dans le noir et apprécier le calme tout simplement.
Deuxième étape, la ville de Cao Bang plus au Nord. Notre itinéraire se dessine au jour le jour. Nous hésitons à nous rendre dans la province du Ha Giang qui est très contrôlée et soumise à autorisation. Grégoire ne possède que la photocopie des papiers de la moto qu’il a louée et les filles n’ont qu’une copie de leurs passeports.
Départ 9 heures, nous quittons le parc national pour nous enfoncer un peu plus dans les montagnes. Les Minsk sont bien chargées et certaines montées sont douloureuses. Quelques pauses sont indispensables dès que le col pointe le bout du nez ce qui nous permet de mieux apprécier les magnifiques panoramas que nous offrent le Vietnam. Nous suivons Grégoire qui se transforme pour l’occasion en guide. Il est midi, nous n’avons pas encore très faim et décidons de poursuivre jusqu’à la prochaine petite ville puis de bifurquer vers la route qui nous amènera à destination. Nous découvrons, une dizaine de kilomètres plus haut, que cette fameuse route que nous devons emprunter s’avère plutôt être une sacrée piste, à la grande joie des garçons. Pour ma part, un peu de réticence, mais quand il faut y aller… Un peu de boue pour commencer, des belles montées de caillasses  ensuite, encore un peu de boue, maintenant des pierres et du sable, quelques bonnes descentes parsemées de cailloux… je confirme la Minsk passe partout ! Une petite chute quand même dans une belle ornière boueuse, rien de cassé, on redémarre en espérant voir bientôt une belle route bitumée à l’horizon. 25 km et 2h30 plus tard, on en redemande presque. Un bon pho au poulet (bouillon de nouille de riz et de poulet aromatisé) pour nous récompenser et on se remet en selle, pas trop envie d’arriver de nuit à Cao Bang, cette fois-ci.
La première nha nghi trouvée fera l’affaire, nous sommes épuisés et ne prenons pas le temps de visiter  la ville qui ne semble à priori pas très palpitante. Un pho (encore mais au bœuf cette fois-ci), quelques bières et une discussion sérieuse sur la prochaine destination… nous ne sommes toujours pas sûrs que traverser le Ha Giang soit une bonne idée, cela signifie alors revenir sur nos pas mais par la vallée… Choix difficile… Nous jouons la carte de la prudence et décidons de retourner dans les environs de Babe.
Le lendemain, après un petit déjeuner, nous improvisons, grâce à Claire, une petite ballade dans le marché matinal de Cao Bang qui longe la rivière. Tous les regards sont rivés sur nous qui contemplons, amusés, les étals de viande au soleil, de poissons frétillants, de fruits inconnus et d’épices étonnantes… mais pas le temps de flâner, quelques mangues plus tard nous voilà à nouveau sur nos fidèles destriers pour découvrir de nouvelles routes.
Nous partions tous avec une légère déception, celle de ne pas aller dans le Ha Giang bien sûr et celle de devoir revenir en arrière un peu comme si nous venions d’échouer. Il ne nous a pas fallu énormément de kilomètre pour nous réconcilier avec notre décision. Alors que la veille nous slalomions entre ravins et montagnes, le Vietnam nous laisse nous promener aujourd’hui sur des courbes délicates perdues en fond de vallée, au beau milieu d’innombrables rizières. Plus aucun regret, rien que du bonheur.
Pas de difficultés aujourd’hui sur l’itinéraire prévu. Arrivés à Cho Ra, nous décidons de pousser un peu jusque Na Hang pour nous rapprocher davantage de Vulinh dans la province de Yen Bai où nous attend la Compagnie Bourlingue pour inaugurer la fin de la première partie des travaux d’un futur resort éco-touristique. L’atlas embarqué pour notre petite expédition s’avère à plusieurs reprises être un peu obsolète et les Vietnamiens croisés sur notre route pas vraiment d’accord sur l’emplacement des villes dans cette région. Qu’à cela ne tienne, nous continuons au gré de notre humeur, plutôt bonne puisque le soleil nous accompagne maintenant depuis 2 jours.


Nous renonçons quelques kilomètres plus loin à aller dormir à Na Hang, Cho Ra fera largement l’affaire. Nous rebroussons chemin et déchargeons nos sacs à l’hôtel après une longue et ferme négociation sur les prix des chambres. Ah ces Vietnamiens, pas faciles en affaire mais nous avons le dernier mot et avec le sourire!
Pour le repas, il est tard et le choix pour dîner n’est pas très grand : riz, riz ou riz ? Un petit tour dans le frigo avec la cuisinière et nous l’aidons à mettre au point une nouvelle recette… mi xao, trung, bo, rau relevés avec quelques échalotes. Le tout servit dans une vaisselle un peu douteuse mais bon, si on s’arrête à ça, on reste chez soi!
Demain, c’est décidé nous roulons jusque Vulinh. Claire et Elinor doivent nous quitter dans peu de temps. Un train les attend à Hanoi pour rejoindre Pékin et embarquer ensuite sur le transsibérien direction Moscow. Nous partons donc de bonne heure, nous le savons les cartes ne sont pas très fiables et c’est environ 180 km qui nous séparent de notre but. La journée s’annonce donc longue mais nous ne nous lassons pas des innombrables étendues de rizières et de plantations de thé. Quelques pauses indispensables pour fixer à jamais sur la pellicule (enfin sur la carte SD) des souvenirs de cette petite boucle dans le Nord Vietnam jusqu’à la vrai pause mécanique… il en fallait bien une autre pour que notre escapade soit parfaite. Cette fois-ci c’est plus sérieux. La Minsk ? Et non, c’est la Yamaha qui ne veut plus démarrer mais il ne s’agit ni d’une panne d’essence, ni d’un problème de bougie et il faut avouer que même si les garçons se débrouillent côté mécanique, ils sont un peu perdus. Retour chez le garagiste le plus proche mais celui-ci ne s’avère malheureusement pas plus compétent. Après quelques énervements, Grégoire décide de retourner dans la ville la plus proche seul puisque nous devons absolument accompagner les filles à Vulinh pour prendre demain matin le bus qui les ramènera à Hanoi pour la suite de leur périple. Nous recopions la carte, nous équilibrons le poids des motos et nous voilà reparti à 2 Minsk avec Elinor et Claire pour passagère.
Je n’en attendais pas tant pour ce petit test moto… qu’elle soit chargée, c’est une chose, mais avec un passager derrière en plus et des virages incessants en montée tant qu’en descente, je n’étais pas très fière de moi. Nous sortons peu à peu des montagnes et la route devient de plus en plus facile à pratiquer. Vulinh est encore loin, la panne technique nous a fait perdre du temps et nous arrivons donc de nuit juste à temps pour partager le diner avec les ouvriers du chantier et les habitants du village. Comme chaque fois nous sommes accueillis comme des rois et la soirée est bien arrosée au ruou (prononcez ZIO), l’alcool de riz local. Je ne crois pas trop m’avancer en disant que cette soirée restera mémorable pour les filles… photos à l’appui ! Elles resteront d’ailleurs une journée de plus pour aider à l’harmonie paysagère du site du resort Lavievulinh et ce n’est que le surlendemain que nous les conduirons finalement, le cœur noué, au bus qui les ramènera à Hanoi.
Plus que quelques jours avant l’arrivée des expatriés et des villageois pour l’inauguration du projet de Fredo Binh, nous mettons la main à la pâte. C’est le grand rush d’avant ouverture, avec le sourire s’ il-vous-plaît, qui nous rappelle évidemment certaines charrettes chaleureuses mais stressantes des préparatifs de la nuit de l’archi. Au final, que des bons souvenirs et quelques piqûres de plus à mon actif. Un retour sur Hanoi tout en douceur, une bonne nuit de sommeil et avec l’Hôpital Français nous organisons le bilan de nos besoins médicaux pour le projet. Quelques vaccins plus tard, nous voilà prêts à partir, sans nos motos. Eh oui… nous arriverons finalement à pied par la Chine.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

ARCHITECTURE

De la villa coloniale à la maison sur pilotis.

Comme nous avons pu le constater en vivant au Vietnam avec nos regards déformés de jeunes architectes, et comme vous avez dû le remarquer à travers les photos et les vidéos, Hanoi est une ville éclectique. Cela peut facilement s’expliquer par son passé mouvementé ; ville impériale il y a près de 150 ans, puis ville coloniale de 1887 à 1954, Hanoi est maintenant la capitale administrative de la République Socialiste du Vietnam.
La ville impériale était formée de la citadelle fortifiée, siège du pouvoir politique et militaire, accolée à la ville marchande, zone d’activité de la population, que l’on appelle aujourd’hui quartier des corporations ou des trente six rues. Il correspond au centre historique de Hanoi, autrement dit, au vieux quartier, l’ensemble étant sur le bord du Fleuve Rouge, facilitant ainsi les échanges commerciaux sur le territoire.

- LE COMPARTIMENT
Cette ville marchande est constituée d’îlots denses créant un réseau de ruelles étroites. L’activité y est très intense la journée. Le découpage parcellaire urbain traditionnel de ces îlots est appelé parcelle chinoise ou compartiment chinois. Ainsi la surface à construire de ces îlots est découpée en bande longue (en moyenne 20m) et étroite (4 à 5m). La faible largeur de façade qu’offre ce découpage s’expliquerait par une réglementation datant de l’occupation chinoise appliquant une taxe sur la largeur des devantures commerciales qui se trouvent en rez-de-chaussée des parcelles.
Le compartiment se présente donc sous forme d’une fine bande modulable dans sa longueur selon la diversité des usagers qu’elle abrite. Traditionnellement une série de bâtiment ne dépassant pas deux niveaux remplit cette parcelle. Du fait de sa largeur et de l’absence d’ouverture sur la longueur du mitoyen, on appelle ce type d’habitation la maison tube. L’ensemble du quartier des 36 rues était très homogène : même type de construction, de gabarit, de matériaux… Aujourd’hui les procédés de construction ont changé : système poteau poutre en béton armé, remplissage brique et enduit. La forte production de brique s’explique par la présence d’un sol argileux dans la plaine alluviale du Fleuve Rouge.
Aujourd’hui la tendance à la « verticalisation » prend le dessus sur la maison tube traditionnelle pour une raison de rentabilité du sol. Les maisons font de 5 à 7 niveaux et jusqu’à 10 quand il s’agit d’un hôtel. Le paysage urbain du vieux quartier perd son unité architecturale, par l’accumulation de bâtiments en quête de nouveaux styles architecturaux.

- LA VILLA
Avec l’arrivée des Français, Hanoi connaît une phase importante de son développement urbain et architectural pendant la période coloniale. On assiste à l’extension de la ville au Sud avec la création du quartier français constitué de larges avenues haussmanniennes caractéristiques de l’urbanisme parisien de l’époque. Aussi ils y implantent des bâtiments symboliques affirmant leur pouvoir sur le territoire tels que la cathédrale St Joseph, symbole religieux et l’Opéra, symbole culturel, tous deux inspirés de l’architecture de Notre Dame et de l’Opéra Garnier en France.
Les villas coloniales témoignent d’un mélange de culture française et asiatique. Elles empruntent par exemple au style occidental l’implantation au centre de la parcelle, laissant la possibilité de créer un jardin d’agrément, tout en conservant un style oriental dans la mise en œuvre d’ornementations exotiques. C’est également un savoir-faire que rapportent les architectes colons avec notamment l’utilisation de la tuile mécanique ou bordelaise qui remplace alors la tuile canal traditionnelle d’Asie ou encore l’utilisation de la colonne style néo-classique, des plafonds moulurés, des volets ajourés, du perron d’entrée… Ces villas font maintenant partie du patrimoine architectural du Vietnam.

- LES KTT
Ou logements sociaux collectifs, ils sont construits après l’indépendance du Vietnam dans les années 70 sous influence communiste. Il s’agit de rationaliser l’habitat pour faire face à une arrivée massive de population lors de l’exode rural. Ils se présentent sous forme de barre de 5 niveaux, en moyenne, une partie du rez-de-chaussée étant parfois employée comme parking ou destinée à une zone commerciale, quand l’immeuble donne sur la rue. On peut constater une appropriation des logements par les usagers puisqu’une forme d’auto-construction apparaît sur les façades jaunes des KTT. Ces prothèses, littéralement greffées sur les logements, sont de petites extensions des habitations sur la rue. Elles permettent par exemple d’installer la cuisine « à l’extérieur » de façon à évacuer directement les odeurs et, dans tous les cas, elles permettent un léger gain de place sur la superficie des appartements. Ces habitations sont aujourd’hui de plus en plus insalubres et ne paraissent pas avoir beaucoup d’avenir malgré les études architecturales et les propositions d’amélioration et de réaffectation de ces nombreux quartiers.

- LA MAISON SUR PILOTIS
Le Vietnam est un pays essentiellement rural, sur ces 82 millions d’habitants, 80% de la population est agricole. La maison sur pilotis est l’habitat traditionnel et vernaculaire du Nord Vietnam et de l’Asie du Sud-est en général. Sa construction est basée sur une économie locale puisqu’elle utilise comme matériaux les ressources présentes dans son environnement immédiat, notamment le bois, le territoire étant couvert majoritairement de jungles denses.
La maison sur pilotis est constituée d’une structure principale de bois en portique. L’assemblage de la structure se fait par encastrement des poteaux et des poutres dans les 3 dimensions (aucun clou, aucune vis ne participent à son élaboration). Il n’y a donc pas besoin de contreventer la structure, les pannes créant la pente de la toiture ne sont en aucun cas un contreventement, elles sont juste posées sur l’ensemble rigide formé par l’assemblage des portiques.
Le cloisonnement des parois extérieures se fait par un bardage de planches de bois ou par un remplissage de nattes de feuilles de palme tressées selon les moyens financiers.
L’élévation du plancher de la maison est nécessaire pour éviter le contact avec un sol humide et parfois inondé en raison du climat tropical. C’est également indispensable pour se protéger des animaux sauvages et des insectes, ainsi que pour créer une ventilation naturelle en dessous du plancher en bambou, afin de rafraîchir la maison.
Le parquet est constitué de tiges de bambou séché et aplani reposant sur une série de voliges également en tiges de bambou. Le tout s’appuie sur les poutres de la structure porteuse. Le parquet est légèrement ajouré de manière à assurer le passage de l’air.
La toiture participe également à cette ventilation naturelle. Elle se présente en grande majorité sous la forme de 4 pans. Les 2 principaux recouvrent la maison dans sa longueur et les 2 plus petits pans, en pignon, créent une ouverture permettant la circulation de l’air à l’intérieur de l’habitation. On retrouve différents types de couverture, en feuilles de palme nouées, en tuiles soit traditionnelles soit mécaniques ou encore en tôle. On assiste parfois à un mixte de ces diverses techniques mais dans tous les cas, la couverture repose toujours sur un lattage en bambou.
L’ensemble de la maison se pose sur un soubassement en pierre créant une assise sur la pente. On y trouve en général un lieu de stockage ou l’étable ou, aujourd’hui, le parking des motos. C’est par cet espace qu’on accède à l’escalier de la maison qui amène au palier d’entrée ou à la coursive qui dessert les espaces intérieurs de l’habitat. Les maisons les plus simples ne possèdent qu’une pièce principale. C’est une vision d’ensemble étonnante qui apparait quand on entre dans l’habitation ; un plancher ajouré, presque transparent, percé par d’élégants poteaux en bois soutenant une charpente massive et majestueuse imposant le savoir-faire des charpentiers vietnamiens. On y retrouve à la fois le foyer, qui sert à la cuisine et au chauffage de la maison en hiver, les espaces de nuit et le lieu des rencontres festives où l’on mange et l’on danse. Comme le dit Fredo Binh « Ce soir, on a mangé sur la table, on danse sur la table et on va dormir sur la table ! ».

 

 




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