Hanoi Lille en moto

CHINE

08:12, 2/07/2012 .. Publié dans SUR LA ROUTE .. Lien

La Chine se traversera donc, mais rapidement. Nos demandes d’autorisations spéciales pour circuler sur le territoire avec nos 2 engins ont été refusées à plusieurs reprises, en grande partie en raison des mesures draconiennes mises en place à l’occasion des J.O. de Beijing. Nous avons finalement obtenu les « certificates of registration » au nom de Thomas ainsi que les fameuses plaques d’immatriculations NN réservées aux étrangers résidant au Vietnam. Cela ne fut pas de tout repos; l’administration vietnamienne ne semble pas échapper aux règles d’usages: déambulation de bureaux en bureaux, horaires modulables selon l’humeur, perte de dossier, … un seul mot d’ordre, la patience! A tout ça s’ajoute un tragique événement, le 12 mai dernier, la Chine est frappée par un énorme tremblement de terre!
Nous ne nous décourageons pas, même quand la compagnie de transport, qui s’occupe d’envoyer nos motos au Kazakhstan, nous annonce que la ligne Hanoi – Almaty a été récemment fermée en raison d’un manque de fréquentation… Notre « dead line » est le 8 juin, date à laquelle nos visas chinois ne nous permettent plus de rentrer en Chine. Mais grâce à nos petits bouddhas de jade offerts par nos préparateurs et hôtes au Vietnam, la chance nous sourit.
18h05 le vendredi 6 juin, nous voilà surexcités en gare d’Hanoi à bord du train T876 qui nous emmènera dans quelques minutes vers la Chine. Tout est (presque) bouclé, nous ne réalisons pas encore mais le projet Antre Soie commence ici.

Hanoi – Nanning

Nous partageons notre compartiment couchette avec une vietnamienne discrète. Le train traverse doucement la ville et nous lui faisons silencieusement nos adieux. La nuit tombe doucement et à notre tour nous tombons d’épuisement… mais le sommeil sera de courte durée, au programme cette nuit: changement de frontière! Un arrêt dans la campagne vietnamienne pour la sortie et une petite fouille chinoise dans les règles de l’art dans le train suivant. Ça y est nous sommes en Chine!

Nanning – Zhengzhou

Une trentaine d’heures nous séparent de notre prochaine destination, de quoi apprécier le paysage. D’immenses plaines verdoyantes ponctuées de karsts… A première vue, il ne parait pas très différent de celui découvert dans le Nord Vietnam mais en y regardant de plus près (et oui, 30 heures de routes), nous quittons pour de bon les montagnes et leurs rizières en gradin, les cultures s’étendent ici à perte de vue. C’est ce changement de plantations qui fait également varier le décor, au riz et au maïs s’ajoutent progressivement des forêts d’eucalyptus bien ordonnées. Quelques villages rythment discrètement ce paysage, que du sobre. Des maisons en terre ou en briques, un toit plat ou à pan en tuiles et parfois une touche de folie, un revêtement de carrelage blanc pour la façade principale.
A l’approche de chaque ville, des barres de logements collectifs se dressent en guise d’accueil. Du gris, du gris, du gris, rien pour égayer ce triste spectacle. Adieu les couleurs du Vietnam et les petites motos aussi… Le trafic semble redevenu commun, ici la voiture est reine. Le vélo traditionnel a toujours sa place mais il est devenu électrique.
Arrivée à Zhengzhou 6h du matin, dur, dur. La gare trône sur une immense esplanade, nous n’avions plus l’habitude, au Vietnam l’espace public minéral existe peu. La première impression, ce n’est pas toujours la bonne, n’est pas très flatteuse: ça ne sent pas très bon, des clochards fouillent les poubelles, les bâtiments environnants sont disproportionnés et semblent se battre entre eux pour trouver un peu de place, des panneaux publicitaires défigurent les façades, …
Nous prenons rapidement, mais pas sans difficulté nos tickets de train pour notre prochaine destination, pas trop envie de s’attarder. Nous laissons tout de même une chance à cette ville et décidons de s’y aventurer davantage. Mauvaise idée, nous restons sur notre première impression! Le centre ville est en réalité un « subtil » mélange entre un centre commercial extérieur et une discothèque géante. Ouf, il est l’heure de reprendre le train!

Zhengzhou – Lanzhou

J’ai eu la bonne idée de réserver des places assises, on le regrettera vite mais l’heure est à l’économie. Nous voilà embarqués pour 16 heures de train sur une petite banquette au milieu des chinois ahuris de nous rencontrer ici. Les questions fusent, nous ne comprenons pas grand-chose et les sourires prennent vite le dessus sur les longs discours. Seul avantage: les fenêtres sont ouvertes faute de climatisation et le rapport au paysage n’en est que plus direct.
Nous nous éloignons des plaines vertes de la Chine orientale pour rejoindre les montagnes de terre de l’Ouest. Les alentours deviennent peu à peu poussiéreux et les couleurs virent à l’ocre. Les rizières disparaissent et viennent alors s’ajouter au décor la texture des champs de blé. Le temps est à la moisson. Les rares acteurs du défilé s’activent sur les toits plats de leurs modestes habitations de briques, ils étalent les grains récoltés afin qu’ils sèchent sous le soleil pesant. Nous voyageons un peu plus vers les grands déserts de Chine, l’air est de plus en plus sec et nous apporte délicatement leur sable sur la peau. Le sommeil et le froid nous gagnent progressivement, le jour s’est couché, le spectacle est terminé, la nuit promet d’être longue…
Notre hôtel à Lanzhou est tout près de la gare, tout au fond d’une ruelle encombrée de marchands en tout genre… Les tours sont toujours omniprésentes mais l’âme de ce quartier est à une tout autre échelle.
Une bonne douche, quelques lessives (et oui déjà!) et une petite sieste plus tard, nous partons optimistes à la rencontre de Lanzhou. Au repas: nouilles et légumes dans un bouillon légèrement pimenté, un régal… Nous passons notre après-midi dans un havre de paix séparé de la jungle urbaine par un fleuve agité. La Pagode Blanche est comme son nom ne l’indique pas une multitude de pagodes et de temples accrochés à la montagne entre lesquels sont parsemés de petits parcs silencieux à l’abri des arbres, le tout orchestré par d’innombrables escaliers labyrinthiques.
Lanzhou est un passage obligé à la croisée de plusieurs chemins mythiques emmenant les voyageurs vers Lhassa, ville brassant toutes les ethnies du Tibet et de l’Asie du Sud-ouest, Kashgar, ville frontière entre le Kirghizstan, l’Ouzbékistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan et le Pakistan, et Urumqi, à la porte du Kazakhstan par là où nous nous évaderons dans quelques jours. Autour de la gare, les quartiers sont colorés, on y croisent des Tibétains identifiables à leurs traits plus marqués et à leur peau légèrement foncée et la communauté musulmane très présente dans les régions de l’ouest.

Lanzhou – Urumqi

16h01, nous remontons dans le train pour une nouvelle destination plus à l’Ouest encore à quelques heures de la frontière du Kazakhstan. Les nez scotchés à la fenêtre nous nous ébahissons à la vue de tels paysages… Nous sommes au beau milieu d’un désert gigantesque où seuls quelques oasis de verdure redonnent la mesure à l’infinie de cette étendue ocre. Au loin se dressent des géants métalliques aux bras agités, nous nous rapprochons d’un champ d’éoliennes au centre de nulle part… Les Chinois nous surprennent. Nous avions également remarqué, sur les toitures des logements collectifs sociaux à l’entrée des villes, la présence de tubes solaires multicolores munis de leur réserve d’eau afin d’alimenter individuellement les appartements. Impressionnant!
Comme les voyages sont toujours agrémentés de belles rencontres, nous nous lions d’amitié avec le seul Chinois du train qui parle anglais, c’est plus facile! Heaven, traduction littérale de son prénom chinois en anglais, nous propose de l’accompagner jusque la petite ville de Yining (juste 300 000 habitants), un peu plus à l’ouest encore, où il va rendre visite à un ami… Il nous promet que les montagnes environnantes sont mille fois plus intéressantes que la ville de Urumqi. Il ne nous en faut pas plus pour nous convaincre: visite expresse de Urumqi, repas local et nous sommes dans le bus couchettes direction Yining!

Urumqi – Yining

Nous sommes aussitôt pris en charge par WuJun, l’ami de Heaven, qui nous propose de s’installer chez lui durant nos quelques jours dans sa ville. Ce sympathique juge s’improvise une journée comme guide et nous fait visiter à bord de sa voiture de fonction, en réalité une voiture de police avec chauffeur en uniforme, les monuments religieux et historiques de la ville. Le soir, c’est avec tous ses collègues que nous découvrons, dans un restaurant très réputé, le folklore des danses Kazakhe, Ouzbèke, Mongole et j’en passe. Nous goutons également à l’alcool de blé, le vin local (personne n’a oublié de ramener sa bouteille), qui n’a rien à envier à l’alcool de riz vietnamien.
Le lendemain, Heaven et WuJun nous abandonnent pour 2 jours, quant à nous, nous partons découvrir le lac de Salimoun perché dans les montagnes au nord de la ville. Au programme, des paysages aux ressemblances trompeuses avec la Suisse ; sapins, lacs, montagnes et vaches, seuls les yourtes nous rappellent bien que nous sommes au beau milieu de l’Asie centrale, et ballade à cheval avec les Chinois Mongols.

Yining – frontière kazakhe

Il est temps pour nous de faire le bilan de notre passage en Chine... Yining est à 2 heures de la frontière kazakhe, Heaven nous accompagne jusqu’au bout, il s’assurera même que nous passons bien la frontière sans encombre. C’est une nouvelle rencontre surprenante que nous faisons alors que nous quittons avec regret nos amis Chinois. La Fédération Française de Cyclo Tourisme et ses 100 cyclistes sont eux aussi à la frontière, mais de l’autre côté. Quelques poignets de mains sympathiques et des récits à n’en plus finir, voilà déjà 3 mois que ces courageux sportifs pédalent depuis Paris et ils rejoindront dans un mois la capitale Chinoise. Nous prenons le temps d’échanger certaines informations sur les itinéraires à suivre et nous voilà repartis pour la suite de l’aventure en terre Kazakhe.

 

 

 

 

 

habitats collectifs et individuels

C’est avec beaucoup de frustrations que nous regardons par la fenêtre du train les habitats que nous aurions pu découvrir davantage si nous étions en moto. Les images défilent, nous passons des plaines agricoles parsemées de karsts (bloc rocheux ciselé par l’érosion) aux vallées irriguées entourées de montagnes de terre, des déserts de sable et de cailloux aux plateaux de pâturages vallonnés. Au milieu de ces paysages impressionnants, nous ne pouvons ignorer la présence d’architectures vernaculaires. Les villages ruraux, construits de manière traditionnelle, sont un parfait exemple d’habitations en relation avec leur environnement. Nous parlerons des deux types d’habitat traditionnel qui nous ont marqués : la fermette de terre et la yourte. Cependant les Chinois nous ont également montré comme ils peuvent être accueillants. C’est ainsi que même en ville nous avons pu éviter les hôtels et apprécier durant quelques jours la vie dans un type d’habitat symbolique d’une politique communiste: la barre de logements collectifs « à la chinoise ». Grace à Heaven et WuJun, nous avons découvert une certaine authenticité urbaine, impossible sans les rencontres et le partage.

La fermette en terre.
Il y a surement plusieurs typologies d’architectures de terre en Chine. Mais celle qui nous a paru être comme la plus répandue sur le long de notre trajet est cette petite habitation agricole. Elles sont accolées les unes aux autres pour former un village dense desservi par d’étroites ruelles. Sur une parcelle rectangulaire d’environ 150 m², la fermette est constituée d’une cour limitée d’une part par l’habitation et les réserves de plein pied et d’une autre par un mur d’enceinte de 3 m de hauteur en adobe de terre. Ces murs porteurs atteignent donc une certaine épaisseur permettant une isolation confortable qui rafraichit l’intérieur de l’habitat en été. Il n’y a aucune ouverture sur la périphérie, mis à par la porte d’entrée qui donne sur la cour. Les seules ouvertures des bâtiments sont réduites étant donné le climat généralement aride de ces régions. La toiture plate repose sur une structure de bois posée à même les murs de terre recouverte aujourd’hui d’une étanchéité et d’une couche de terre battue. On observe, pour l’évacuation des eaux, une pente légère mais suffisante en raison encore une fois du climat sec et continental. En cette période de moisson, nous voyons s’affairer les hommes sur ces toitures, utilisées pour faire sécher le grain.
L’emploi de la terre comme matériaux de construction est avant tout économique pour une population au mode de vie simple mais également une façon d’habiter écologique et durable, à condition d’avoir une bonne connaissance de la mise en œuvre.

La yourte.
Ce type d’architecture existe en réponse à des besoins particuliers recherchés par les peuples nomades: facilité du transport des matériaux et rapidité de construction.
A l’origine, la structure de la yourte est en treillis de bois dépliable mais, dans les habitations visitées, nous avons bizarrement constaté que celle-ci était en métal. Aujourd’hui les hommes ne vivent plus en nomades, ils se sédentarisent. Les savoir-faire s’oublient et les modes de production moderne proposent sur le même modèle de l’ancienne yourte un système de montage plus simple, par emboitement de tube d’acier et de pièces préfabriquées. La yourte en structure métal est plus économique, elle ne demande pas de maîtrise artisanale, plus rare de nos jours et donc plus chère.
Cette technique ne nécessite pas l’emploi d’un pilier central pour maintenir la toiture, ce qui constitue un confort d’aménagement supplémentaire. Au sommet de la yourte, se trouve une pièce essentielle à la stabilité de la structure. Il s’agit d’un anneau, véritable clé de voute, où chaque chevron de la charpente s’emboite. Nous trouvons donc une ouverture zénithale circulaire qui se couvre ou se découvre pour les besoins de la ventilation, notamment quand on cuisine à l’intérieur. On se protège de l’humidité du sol en installant un plancher en palette de bois. L’ensemble de la structure est recouvert de peaux, de tissus ou de feutres. La meilleure solution étant la peau car, par accumulation de couches, elle permet une relative isolation. Il est certain que la vie de nomade est simple, le confort que la yourte peut offrir aux hommes qui y habitent est sommaire.
Quoi qu’il en soit, qu’elle soit en bois ou en métal, la yourte n’a aucun impact sur son environnement, elle se démonte sans laisser aucune trace: ni fondation, ni déchet ne sont laissés sur place.

Les logements sociaux collectifs.
A première vue, la recherche d’esthétisme n’est pas la priorité dans la conception de ces logements. On retrouve les mêmes partout en Chine, que ce soit en périphérie ou en centre ville. Ils se doivent d’être fonctionnels, le design, les matériaux, les proportions ne sont pas à l’ordre du jour. Les façades sont simples, épurées et carrelées. Ce revêtement, généralement blanc, protège la façade des intempéries et de la chaleur du soleil et demande très peu d’entretien.
A l’intérieur, chaque circulation verticale possède sa propre entrée sur un parc ou sur la rue et dessert deux appartements jumeaux à chaque étage. Ni coursive, ni couloir, les portes s’ouvrent directement sur le palier des escaliers éclairés naturellement en façade.
L’appartement type est traversant et donc très lumineux. Toutes les pièces sont organisées autour d’une généreuse entrée. Le séjour bénéficie d’un « bow-window » qui joue le rôle de tampon thermique entre l’extérieur et l’intérieur, il permet également un apport de lumière important dans la pièce de vie. Il est utilisé par les habitants comme jardin d’hiver pour les plantes ou comme buanderie ou parfois comme cuisine pour une meilleure évacuation des odeurs. Les ouvertures du séjour et des chambres sont des doubles fenêtres espacées entre elles d’une lame d’air d’environ 10cm permettant un isolement confortable en été comme en hiver. En réalité ce système correspond simplement à notre double vitrage en plus artisanal et plus économique pour des logements sociaux.
Pour l’anecdote, un petit arrêt sur la salle de bain: elle est carrelée du sol au plafond et ne possède qu’un lavabo et un pommeau de douche. On se lave directement sur le sol et l’eau s’évacue par un siphon central. Là encore on observe un strict minimum fonctionnel. L’eau chaude de la salle de bain est produite grâce à des tubes solaires placés en toiture, ils peuvent chauffer jusque 90°. Cette solution écologique est surprenante parce que très répandue en Chine, dans les quartiers les plus pauvres comme à la campagne, mais également très adaptée au climat chaud et sec des étés chinois.
L’appartement dans lequel nous avons habité quelques jours fait partie d’un parc de logements appartenant au gouvernement, nous imaginons donc que toutes les habitations sociales urbaines ne sont pas du même standing. Toutefois, l’emploi du bow-window et de la double fenêtre est largement utilisé dans ce type de logement.




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