Hanoi Lille en moto

OUZBEKISTAN

09:58, 4/07/2012 .. Publié dans SUR LA ROUTE .. Lien

Le 24 juin 2008, nous ne perdons pas de temps, nous voilà donc dans la capitale Ouzbèke prêts à se confronter aux « customs clearances » indispensables pour récupérer nos chères montures. Nous avons évidemment fait appel à une compagnie d’import-export pour nous aider dans toutes ces démarches…  Notre première visite à Tachkent sera donc celle des bureaux de Transcontinental, guidée par son directeur Ahmar, un personnage haut en couleur qui résume à lui seul le sens de l’hospitalité des Ouzbèkes. Nous débarquons donc, tout excités, chargés de nos énormes sacs à dos, pour repartir la mine déconfite… Nos Minsk, qui devaient arriver demain, sont toujours à Hanoi. Le vol Hanoi-Tachkent a lui aussi été annulé faute de fréquentation de la ligne. Il nous faut donc trouver une autre solution, rapidement et à moindre frais !
Petite parenthèse, je dis « Le vol Hanoi-Tachkent a lui aussi été annulé faute de fréquentation de la ligne » parce que si vous avez bien suivi, nos motos devaient dans un premier temps nous être envoyées à Almaty (ancienne capitale du Kazakhstan) et ce même léger inconvénient s’était donc déjà posé d’où le choix d’une nouvelle destination: Tachkent. On ne vous en veut pas si vous ne comprenez pas tout… on vous l’accorde volontiers, c’est compliqué ces histoires ! Pour la suite des évènements aériens, faisons vite mais faisons clair puisque tout le monde sait déjà que nous avons finalement récupéré nos deux engins.
Après un bref séjour à Ho Chi Minh City d’où notre chère Mrs Khoa (directrice de la compagnie de transport vietnamienne) pensait pouvoir faire expédier nos colis, les motos sont de retour au point de départ: Hanoi. Les Minsk ont maintenant 4 jours de retard, c’est le week-end et nos nerfs, comme vous pouvez l’imaginer, sont mis à rude épreuve. Nous passons le plus clair de notre temps sur internet à s’assurer que des plans d’action sont bien mis en place pour solutionner ce problème majeur dans notre expédition… C’est finalement après un petit détour par Bangkok que nous verrons arriver nos motos à Tachkent une semaine et un jour plus tard que prévu. Maintenant il s’agit de les remonter et d’obtenir nos visas russes…
Oui, parce qu’entre temps, nous avons tout de même fait d’autres choses et notamment quelques démarches infructueuses auprès de l’ambassade de Russie pour obtenir nos visas de tourisme (impossible parce que la durée de nos visas kazakhes est inférieure à 3 mois) puis nos visas de transit (impossible puisqu’il faut le billet de train prouvant qu’on traverse effectivement la Russie, hors ces fameux billets de train ne sont délivrables qu’à partir d’un pays frontalier à la Russie). Notre seule solution de rechange, après avoir demandé l’aide de la secrétaire du Consul à l’ambassade de France, est de dire la vérité, tout simplement. Nous pouvons donc obtenir nos visas de transit sur présentation des papiers des motos, de nos permis de conduire internationaux et pour la modique somme de 95usd chacun ! Non, ce n’est pas qu’une impression, l’administration est usante dans chacun des pays du monde, je suis épuisée rien qu’en vous relatant ces faits !
Top chrono ! Il faudra une grosse après-midi pour dédouaner nos colis et une journée supplémentaire pour remettre nos montures en état et récupérer les visas. C’est donc le dimanche 6 juillet que nous donnons notre premier coup de kick pour sillonner les routes ouzbèkes. Au programme: Samarqand, Bukhara, Khiva, Nukus et beaucoup de déserts !

Tachkent

Dés nos premiers kilomètres qui nous mènent vers Samarqand, les rencontres sont au rendez-vous. Nous sommes d’abord hébergés un premier soir chez un grand-père à qui nous demandions notre chemin dans un petit village. Puis le lendemain par une famille ouzbèke, après deux heures de mécanique forcée sur le bord de la route: première vraie casse du voyage (nous sommes partis depuis 3 jours), un maillon de la chaine de la moto de Thomas a lâché. Nos hôtes nous offrent un toit et à manger, nous les soumettons à des séances photos pour immortaliser ces moments privilégiés, leur proposant de leur en envoyer dés notre retour en France. Malgré la barrière de la langue, quelques mots, gestes ou sourires suffisent pour partager un petit bout du voyage et créer des amitiés aussi éphémères soient-elles.

Samarqand

Si nous n’avons pour ainsi dire croisé personne jusqu’ici, le « Bed & Breakfeast » où nous avons choisi de séjourner, le temps de visiter la ville, grouille de voyageurs venant des 4 coins du globe. Première immersion au sein de la « communauté backpacker »… étouffante ! Ça raconte à qui voudra l’entendre ses 36 voyages autour du monde, ça met sa petite expérience personnelle sur le devant de la scène, ça pose des questions existentielles au petit déjeuner « what’s your traveling philosophy ? » (quelle est ta philosophie du voyage ?)… Enfin, j’exagère un peu, nous avons fait de sympathiques connaissances et amélioré notre anglais. Je crois pouvoir dire que nous avons croisé dans le patio de la Guest House une dizaine de cyclistes venant pour la plupart de Suisse mais aussi de Hongrie et d’Angleterre. Alors c’est qui les fous dans cette histoire ?? Le véritable avantage de ces « réunions » est de pouvoir prendre des renseignements sur les routes que nous emprunterons dans quelques jours… au programme: du bitume, du bitume et quelques routes en travaux (nids de poule, graviers, trous, sables)… En attendant nous ne manquons pas de visiter l’incontournable Registan de Samarqand, ses medressa et le mausolée Shahr-I-Zindah. Ces visites se passent de commentaire, on vous laisse apprécier les photos…
Toujours plus à l’Ouest, des étendues de sable à n’en plus finir parsemées de buissons séchés par un soleil pesant (et de quelques bouteilles de plastique)… notre rencontre avec le désert est impressionnante, pas très rassurante. Pas un arbre pour nous apporter 1 cm² d’ombre, nos pauses, régulières, se font donc en plein cagnard pour boire nos réserves d’eau qui se réchauffent rapidement sous les 45°C ambiant, il ne nous manque plus qu’à y infuser le thé. 

Bukhara

Deux petites journées nous suffiront à rejoindre Bukhara et sans vouloir nous vanter, nous aurions pu parcourir ces 270 kms en un jour si nous n’avions pas été retenu au beau milieu du désert pas la générosité des Ouzbèkes. Nous nous sommes  aventurés dans un village en bord de route espérant y trouver de l’eau fraîche et nous voilà abrités de la chaleur, abreuvés et nourris… et interdiction de repartir avant 16h30, le soleil tape trop ! Incroyable…
A Bukhara nous retrouvons par hasard Guillaume et Maryline, des Grenoblois en vadrouille à bord de leur J5 bleu, avec qui nous déciderons d’un commun accord de faire un bout de route ensemble jusque Khiva. Voilà environ 4 mois que ces deux baroudeurs ont quitté notre bonne vieille France et sillonnent les pays méditerranéens et le Moyen Orient pour rejoindre Bichkek (Kirghizstan) dans quelques temps où ils vendront leur van pour continuer l’aventure en Asie du Sud-est et en Inde à pied.
Nous élisons domicile chez Mubinjon qui tient une petite Guest House réputée pour l’architecture typique de sa maison datant de 1766. Un havre de paix et de silence perdu au fin fond d’une ruelle de la vieille ville et restauré depuis une douzaine d’années par cet amoureux de l’art et des pigeons. Mubinjon pense arriver à bout de ce travail de titan en 2013. On lui souhaite bien du courage. En attendant, on profite des heures trop chaudes de la journée pour bouquiner et se reposer et dés que le temps le permet, nous partons nous perdre dans cette ville labyrinthique. Ce ne sont pas les monuments qui manquent à Bukhara: des anciens bazars couverts, des mosquées, des medressas… Nous étions particulièrement intéressés par l’une d’entre elles, la medressa Rachid, qui, quelques années auparavant, avait été le sujet d’un projet de restauration H.Q.E. réalisé par un architecte Belge, Nicolas Detry. Nous n’avons pas réussi à joindre l’architecte local, collaborateur du projet, mais avons tout de même pu visiter la medressa alors nous ne manquerons pas de vous faire part de cet ambitieux projet tombé à l’eau faute de moyen financier… à retrouver dans la partie architecture.
On the road again, suivi de très prés par notre logistique… Guillaume et Maryline nous déchargent de nos gros sacs à dos pour ces deux jours de traversée de désert et nous leur confions appareil photo et caméra… Un poids en moins sur la moto et dans nos esprits, quoiqu’il arrive dans ce paysage aride, nous ne sommes pas seuls !

Khiva

Ou la ville musée d’Ouzbékistan. Khiva est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Une fois passée une des portes des remparts de la ville, c’est un véritable décor de cinéma qui s’offre à nos yeux. Dans un labyrinthe de ruelles se confrontent maisons de terre et monuments musulmans caractéristiques de l’Asie Centrale mais le temps semble s’être arrêté dans cette ville fantôme et seul le tourisme l’anime encore un peu chaque jour. Les petits commerces et les bâtiments administratifs de Khiva, qui participent à son développement, s’implantent forcément à la périphérie et contribuent à l’affaiblissement du vieux centre.
Il est l’heure pour nous de quitter nos compatriotes français pour nous diriger toujours plus à l’Ouest. Après un passage rapide chez le garagiste pour regonfler nos pneus (et oui, nous récupérons chacun nos sacs à dos, soit environs 18 kilos supplémentaires par moto !), nous quittons le dernier oasis, qu’est la région de Khiva, pour traverser nos derniers déserts ouzbèkes avant les steppes du Kazakhstan.

Nukus

Il n’y a qu’une seule bonne raison de se rendre dans cette ville, son musée abrite la plus grande collection d’art soviétique au monde. Malheureusement pour nous, le sort en décidera autrement, je ne verrai de Nukus que les quatre murs de ma chambre d’hôtel miteux. Ce n’est pas la grande forme et nos visas expirent dans 3 jours. Pas de secret dans ces cas là, du repos et du repos.
Deux jours pour relier Nukus à la frontière Ouzbèke-Kazakhe ne seront pas de trop. D’après nos informations,s la route n’est pas en très bon état et pourtant il ne faudra pas traîner… Nous ne voyons pas passer nos premiers 200 kms et quelque et poussons même un peu plus loin que prévu pour planter la tente dans le désert, à côté de deux caravanes réhabilitées en dortoir pour les ouvriers d’un chantier de voirie… Pas de doute, les prochaines bornes qui nous mèneront à la frontière se feront sur de la piste !

La douane et la police Ouzbèke.
Malgré les mises en garde sur les innombrables check points policiers et militaires ainsi que sur la politique de « bakchich » ouzbèkes, nous circulerons tout à fait librement et gratuitement sur ces routes. Une nouvelle politique vis-à-vis des touristes a récemment été mise en place en haut lieu… Quelques arrestations tout de même pour satisfaire la curiosité de ces messieurs en uniformes: deux touristes français en Minsk, ils n’en croisent pas tous les jours ! En effet, cette moto biélorusse, très connue ici, nous sert surement de passe droit.
Pour ceux qui voudraient tenter l’aventure en Ouzbékistan, l’ambassade de France vous délivre une lettre de protectorat qui peut faciliter vos déplacements dans le pays. N’hésitez pas à les contacter, vous serez surpris de leur accueil et de leur disponibilité !! On en profite pour remercier encore Anora et Gauthier…
A la frontière, même topo… Aucun problème ni pour sortir du pays ni pour retourner au Kazakhstan. Aucune fouille des bagages. Aucune perte de temps. La prochaine, c’est la Russie et ça risque d’être moins évident ! on vous tient au courant…

 

Architecture vernaculaire :
L’Ouzbékistan est un pays de terre. J’entends par là que nous ne trouvons que de rares montagnes à l’ouest, mais insuffisamment pour créer un vrai culture de l’architecture de pierre, et pour ainsi dire aucune forêt, faisant du bois un matériau précieux que les Ouzbèkes emploient uniquement pour les structures de charpente et pour le colombage dans certaines régions agricoles. Le pays est majoritairement constitué de steppes et de déserts qui font de la terre le matériau incontournable de l’architecture vernaculaire. Le savoir faire de sa mise en œuvre est ancestral, il se caractérise par différentes techniques.
Si on peut observer l’emploi de la brique de terre cuite, dans un pays où le monde rural est basé essentiellement sur une économie locale, c’est la brique de terre crue qui est privilégiée. En effet, elle a l’avantage d’être fabriquée sur place et à faible coût. Nous trouvons donc en Ouzbékistan une architecture vernaculaire très présente et ce, même en ville où nous observons d’ailleurs un urbanisme spécifique de ruelles étroites labyrinthiques.
Dans les plus grandes villes, c’est le type soviétique qui s’est imposé. Nous retrouvons alors des traces de la ville ancienne généralement autour du bazaar, comme à Tachkent. Elle ne constitue pas un centre mais plutôt un quartier à part d’un système de grandes avenues. Il serait d’ailleurs intéressant de développer plus longuement sur l’urbanisme soviétique et notamment sur l’influence de Monsieur le Corbusier dans ce domaine mais ce n’est pas le propos. Nous vous renvoyons donc, si cela vous intrigue, à cette référence: Jean-Louis COHEN, Le Corbusier et la mystique de l’URSS, théories et projets pour Moscou 1928-1936, Pierre Mardaga Editeur, 1987.
Revenons à nos briques… On peut différencier trois différentes mise en œuvre de la terre.
1/ La brique de terre:
C’est la technique que l’on aura le plus rencontré. Les briques de terre séchée mesurent 40x20x15. Elles sont donc réalisées sur le chantier en utilisant la terre de décapage du terrain mélangée à de l’eau et de la paille qui solidifiera l’ensemble telle une armature. Les briques sont séchées au soleil pendant plusieurs jours avant d’être utilisées, sachant que la température ambiante est de 45°C.
Elles sont ensuite traditionnellement maçonnées au mortier de terre sur un soubassement de pierre. Aujourd’hui on observe plus fréquemment l’utilisation du parpaing pour le soubassement ainsi qu’un vide sanitaire ventilé. On peut à ce moment trouver avant la maçonnerie une feuille étanche pour empêcher les remontées capillaires afin de protéger la base du mur.
Dans ce climat aride, été comme hiver, une bonne épaisseur de mur est indispensable pour isoler l’habitation. Celui-ci mesure 40cm ce qui correspond à la largeur de deux briques juxtaposées ainsi qu’à la longueur d’une seule. L’assemblage de la maçonnerie se fait donc par croisement des briques à chaque lit successif. La terre est un bon isolant qui suffit à garder la fraîcheur l’été et inversement à maintenir la chaleur produite l’hiver. Afin de renforcer cette caractéristique naturelle, la maison ne disposera que de peu d’ouverture.
Dans ce type de construction, la toiture est réalisée en deux étapes. D’abord un plancher en bois vient se poser directement sur la dernière assise de la maçonnerie, il constituera le plafond à l’intérieur de la maison. Sur ces poutres vient reposer un portique qui recevra ensuite les pannes formant la pente de la toiture. Cette forme de charpente se réfère à celles rencontrées traditionnellement en Asie du Sud-est. Etonnamment les couvertures sont en tôle ondulée fibrociment ou métallique. Nous n’avons vu aucune couverture en tuile, en chaume ou en lause… Entre le plancher et la couverture subsiste un vide qui peut servir de stockage dans les fermes agricoles. En général, le pignon de la toiture est donc ouvert et laisse apparente sa structure en bois.
Enfin, les façades de l’habitation peuvent être recouvertes d’un enduit de terre puis peintes, traditionnellement à la chaux blanche, ce qui par la même occasion a la particularité de repousser les insectes. Les menuiseries sont elles peintes en bleues ce qui confère à la maison un petit côté méditerranéen.
2/ L’adobe de terre:
Ce deuxième type de mise en œuvre de la terre utilise la technique du banchage pour l’élévation des murs porteurs. Elle consiste donc à réaliser un coffrage en bois de l’épaisseur voulue pour le mur et d’y couler un béton de terre par couche successives de 40 à 50 cm. Après séchage du dernier lit on répète l’opération jusqu’à atteindre la hauteur souhaité pour le mur. Le béton de terre est constitué d’un mélange de terre argileuse, de paille et d’agglomérats tels que le gravier. C’est dans la région de Khiva, au Sud-ouest, que nous avons principalement observé cette technique. Elle est le plus souvent associée à l’emploi de la toiture plate en terre battue. Ainsi directement sur les murs porteurs, une série de poutre est posée et recouverte de plusieurs couches de lits de paille croisés, qui constitueront le plancher, puis d’un mortier de terre. Cette épaisseur de terre est travaillé, battue, lissée afin de la rendre un maximum compacte et étanche. Les rares pluies de l’hiver ruisselleront et seront évacuées par des ouvertures prévues à cet effet dans l’acrotère. Ces toitures servent également de stockage pour la paille, la laissant sécher au soleil.
3/ Le colombage, remplissage de briques, enduit:
C’est à Bukhara que nous avons découvert cette troisième technique. Sous l’enduit de terre usé par le temps apparait une structure porteuse en bois, qui constitue les murs de l’habitation, remplie de briques disposées aléatoirement. Elle repose également sur un soubassement en pierre, identique à celui des techniques présentées précédemment, afin d’éviter une détérioration trop rapide du bois dû à l’humidité du sol. La charpente de la toiture s’inscrit dans la continuité de la structure en colombage. Cette mise en œuvre nécessite un enduit de façade plus épais, en raison de sa moins bonne adhérence avec le bois, et doit être régulièrement renouvelé.




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